Infrastructure Qualité : accélérateur de compétitivité locale au Cameroun

Par Constantin Nzati, Associé Gérant Quali-cam SARL.

L’Infrastructure Qualité (IQ) se définit comme un réseau cohérent que forment la normalisation, la métrologie et les services d’évaluation de la conformité. Cet ensemble repose sur plusieurs institutions qui fournissent des services pour l’Etat, l’économie et le consommateur.

L’infrastructure qualité est donc utile aux objectifs en matière de sécurité, de protection de l’environnement, de la santé et du consommateur ; elle contribue au développement durable au niveau économique, écologique et social.

Par ailleurs, le Cameroun s’est lancé depuis plusieurs année dans un vaste programme d’Industrialisation matérialisée par la publication du PDI (Plan Directeur d’Industrialisation). Ce dernier décrit la démarche stratégique devant permettre de relever trois défis majeurs qui sont :

  • L’accélération de notre croissance économique ;
  • L’accroissement de notre leadership économique dans la sous-région ;
  • La maitrise des chocs structurels et systémiques.

Il s’agira de manière concrète de l’implémentation de ce plan, dans l’optique d’accroître les investissements, d’augmenter la productivité globale et surtout d’améliorer la compétitivité des Opérateurs Economiques camerounais de manière à résoudre les situations de crises telles que les crises alimentaires, énergétiques, de l’emploi via la promotion du « Made In Cameroun »... Bref de développer un concept de « Kamercratie » qui est le développement du Cameroun, pour le Cameroun et par les Camerounais.Cependant, la structure générale de l’Infrastructure Qualité au Cameroun est incomplète, à cause de l’absence d’instrument national véritable d’Evaluation de la conformité.

1° La normalisation

La normalisation est un processus par lequel on aboutit à une norme. La norme est un document technique établi par consensus et approuvé par un organisme de normalisation reconnu, qui fournit pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné. Celle-ci est d’application volontaire. De même, un Règlement Technique : est une norme rendue d’application obligatoire, par l’Administration concernée pour des objectifs de santé, sécurité des consommateurs et de protection de l’environnement.

Au Cameroun, l’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR) est la seule Agence de Normalisation reconnue par l’Organisation Internationale de Normalisation (ISO). L’ANOR depuis sa création le 17 septembre 2009, compte près de 2766 Normes Camerounaises (NC) et près de 290 Règlements Techniques (RT).

Les domaines concernés par les normes sont divers et variés à savoir la technologie de la santé, les NTIC, le transport, le matériel bureautique, les véhicules routiers, les emballages, l’industrie du textile, le génie civil, l’agriculture, les équipements, les technologies alimentaires, cosmétiques, ingénierie de l’énergie, matériaux de construction et bâtiment, etc.

En pratique, on note néanmoins un faible engouement des opérateurs économiques pour la normalisation. Ainsi, il est souhaitable que l’ANOR communique davantage sur leurs missions avec les opérateurs économiques. Celle-ci peut également s’appuyer sur les près de 62 Comités Techniques existants pour rétablir la confiance avec les opérateurs économiques sans oublier le mailing de toutes ses activités ou encore le partage d’informations en temps réel.


Schéma d’Elaboration d’une Norme au Cameroun.

2°) La métrologie

La métrologie est la science de la mesure ou la création des mesures exactes, fiables et traçables.

On distingue plusieurs types de métrologie :

  • La métrologie scientifique : elle consiste principalement dans l’acquisition et le maintien d’étalons nationaux traçables aux unités du Système International. Une telle démarche est pour ainsi dire inexistante au Cameroun ;
  • La métrologie industrielle : un récent inventaire des étalons (étalonnés ou pas) au Cameroun a mis en évidence l’existence de nombreux étalons dont le certificat d’étalonnage a expiré, soit du fait de l’ignorance des propriétaires, soit par manque de moyens financiers.
  • La métrologie légale : La loi n° 2004.002 du 21 avril 2004 régissant la métrologie légale au Cameroun, nous démontre qu’un cadre légal est prévu au Cameroun. Néanmoins, les conditions de mise sur le marché des instruments de mesures dans les grandeurs de base sont essentielles pour assurer l’équité des transactions commerciales et des opérations fiscales.

Ainsi, il est impératif que le Cameroun puisse achever son Infrastructure Qualité avec un laboratoire de métrologie digne, à la pointe de la technologie afin maintenir son leadership dans la sous-région dans le domaine y relatif. Pour rappel, le LABOGENIE, le Laboratoire d’étalonnage des masses du MINCOMMERCE, essaie tant bien que mal de se frayer une place au soleil avec des moyens limités. Le Laboratoire National de Métrologie pour sa part est en construction depuis près d’une décennie par l’ANOR.


Pyramide de Traçabilité du mesurage selon la norme ISO 17025 : Exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’étalonnages et d’essais.

3°) L’accréditation

L’accréditation est la reconnaissance formelle, par un organisme faisant autorité, de la compétence d’un organisme pour procéder à des évaluations de la Conformité (essais, inspections, certification).

Au Cameroun, et même dans la sous-région, il n’existe pas d’organisme local d’accréditation. Les laboratoires qui envisagent le processus d’accréditation doivent faire face à un coût élevé et à des difficultés logistiques considérables pour engager et payer les services d’un organisme d’accréditation étranger. Ainsi, le développement d’un Organisme d’accréditation est une opportunité y compris pour démontrer aux investisseurs internationaux la crédibilité de nos laboratoires.

4°) L’évaluation de la conformité

L’évaluation de la Conformité fait référence aux processus et procédures utilisés pour démontrer qu’un produit, service, système de management, un organisme ou un personnel répond à des exigences spécifiques. Les services d’évaluation de la Conformité sont habituellement exécutés par des organismes spécialisés dans l’une des activités ci-après. Ils peuvent fournir ces services de manière commerciale ou peuvent être gérés ou mandatés par l’Etat. Il s’agit donc :

  1. Analyses et Essais

Beaucoup de laboratoires d’analyses et d’essais existent au Cameroun et dans les pays d’Afrique Centrale dans le secteur public et le secteur privé. La plupart des laboratoires publics sont caractérisés par des locaux et des équipements parfois vétustes et le manque chronique de matériel nécessaire au travail quotidien. Dans la plupart des laboratoires publics et privés, la traçabilité des instruments de mesure n’est pas assurée et les systèmes appropriés de gestion manquent, deux éléments qui font partie des conditions de l’obtention de l’accréditation selon la norme internationale ISO CEI 17025. Un produit est testé par rapport à des critères particuliers, tels que la performance ou la sécurité. Les analyses et essais constituent la technique d’évaluation de la conformité la plus courante. Ils forment également la base pour d’autres techniques d’évaluation de la Conformité comme l’inspection et la certification des produits et systèmes.

  • Inspection 

Les organismes d’inspection jouent un rôle essentiel dans le commerce transfrontalier. Ils agissent au nom de l’État et des partenaires commerciaux (importateurs et exportateurs) en inspectant les biens et matériaux importés. Au Cameroun, nous notons 2 types d’inspections à savoir les inspections avant embarquement (PECEA) et les inspections locales.

S’agissant des inspections avant embarquement, il s’agit dans le cas d’espèce du Programme d’Evaluation de la Conformité Avant Embarquement des marchandises importées en République du Cameroun, lancé officiellement le 31 août 2016. Cette inspection avant expédition des marchandises est basée sur une vérification documentaire qui consiste à recourir à un contrôle dans le détail des expéditions de marchandises commandées à l’étranger et ceci est fait par la SGS et Intertek qui sont les deux principaux partenaires techniques du Programme. Cette pratique a pour but de sauvegarder les intérêts financiers nationaux et de pallier les insuffisances des infrastructures administratives.

Par ailleurs, s’agissant des inspections locales, il faut noter que l’ANOR effectue également des inspections dans son processus d’évaluation de la conformité des produits fabriqués localement et donc, d’acquisition d’un certificat de conformité ANOR.

  • Certification

Les services de certification au Cameroun sont presque totalement monopolisés par les organismes de certification multilatéraux occidentaux (SGS, Bureau Véritas, Apave, PECB…). Le manque d’organismes de certification nationaux fait que ce service est difficilement accessible aux acteurs économiques locaux, surtout aux PME à cause de son coût et des délais trop longs. L’ANOR reste un acteur majeur de la certification des produits uniquement. L’Insuffisance de compétences serait à l’origine de son absence dans la certification des systèmes, des personnes. Néanmoins, il est impératif que des organismes privés Camerounais de certification reconnus voient le jour afin de proposer des programmes de certifications accessibles à tous les acteurs locaux et surtout aux PME.

NB : L’ANOR dispose d’une marque de Conformité qu’elle appose sur les étiquettes de certains produits agroalimentaires, notamment dans l’industrie brassicole.

Au vu de tout ce qui précède, les questions suivantes peuvent se poser : avons-nous véritablement les moyens (infrastructurels) de développer une politique de « Made In Cameroun », sans vivrier de normes pertinentes, sans laboratoire de métrologie digne des standards internationaux, sans organisme d’accréditation, ni de certification ? Alors, parler aujourd’hui d’ores et déjà de « Made In Cameroun », revient-il pas à mettre la charrue avant les bœufs ? Autant de questions qu’il importe de se poser afin d’entamer urgemment la construction de notre IQ pour rendre nos entreprises compétitives, et ce de manière durable.

Bibliographie

CEMAC_PRODOC_FINAL_ version Juin 2014, renforcement des capacites de l’infrastructure de la qualite dans les pays de l’afrique centrale.

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