L’action climatique locale au Cameroun : les lacunes qui menacent notre avenir !

Par Dr OLINGA Joseph Magloire, Ph.D, expert en Action Climatique Locale, Chercheur au sein du Laboratoire  d’idées (The Lab’) du Think Do Tank The Okwelians

Alors que la 28ème Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (COP 28) se déroule à Dubaï, il n’est point besoin de rappeler que le changement climatique est une réalité brûlante qui n’épargne pas le Cameroun avec des impacts socio-économiques considérables sur le développement à toutes les échelles. Pourtant, malgré les défis urgents qui se posent, l’action climatique locale présente d’importantes lacunes qui compromettent la prise en main des compétences transférées aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), et notre avenir commun. 

Le Cameroun a soumis sa Contribution Déterminée Nationale (CDN) révisée en octobre 2021, en augmentant son objectif d’atténuation à 35 % d’ici 2030 par rapport à 2010, avec une contribution inconditionnelle de 12 %, issue des secteurs prioritaires suivants : agriculture, foresterie et autres utilisations des terres, énergie, déchets et industrie.  Cette CDN révisée reflète également la vision du Cameroun en matière d’adaptation, notamment son ambition de transformer les défis liés au climat en solutions de développement dans les cinq zones agroécologiques du pays en   réduisant les vulnérabilités des populations locales. Cependant, l’action climatique au Cameroun n’est pas encore suffisamment localisée afin d’atteindre les objectifs sus évoqués.

Les premières victimes de cette lacune majeure sont nos communautés locales urbaines et rurales les plus vulnérables. C’est a cette échelle que se vivent les pertes et dommages les plus considérables : les sécheresses récurrentes, les inondations dévastatrices et les perturbations des saisons agricoles mettent en péril la sécurité alimentaire et le bien-être des populations. Il est temps d’agir localement avec détermination.

Premièrement, l’insuffisance des ressources allouées à l’action climatique locale est alarmante. Les financements disponibles sont souvent limités, inefficacement répartis et utilisés. Notre engagement politique doit se traduire par des investissements conséquents dans l’adaptation des infrastructures stratégiques et la promotion de pratiques agricoles durables et résilientes.

Deuxièmement, le choix et la coordination entre les acteurs nationaux et locaux est défaillante. Les initiatives fragmentées et le manque de coordination d’abord au sein du Gouvernement, en suite entre l’État, ses services déconcentrés et les Collectivités Territoriales Décentralisées, enfin, entres ces acteurs institutionnels, les organisations de la société civile et le secteur privé, entravent notre capacité à relever collectivement les défis climatiques communs. Il est temps de bâtir des partenariats solides et de partager les connaissances constamment renouvelées pour une action climatique plus cohérente et efficace à toutes les échelles.

Troisièmement, la recherche appliquée, la formation, l’éducation et la sensibilisation de toutes les parties prenantes, en particulier les élus locaux aux enjeux climatiques sont insuffisantes. Beaucoup d’acteurs clés ignorent encore les conséquences désastreuses du changement climatique sur le développement local, l’urgence de changer nos pratiques, et par voie de conséquence la nécessité d’intégrer l’adaptation dans la planification, la programmation et la budgétisation des projets de développement.

Enfin, une théorie du changement s’impose dans les politiques publiques camerounaises. Pour cause, le suivi et l’évaluation des politiques climatiques restent lacunaires. Sans des mécanismes de suivi et contrôle fiables dans une démarche de Monitoring, Reporting & Verification (MRV), nous ne pourrons pas mesurer notre progression vers l’atteinte des objectifs de la CDN, identifier les échecs et ajuster nos actions en conséquence. Nous devons nous imposer une transparence totale et un suivi rigoureux pour garantir que nos politiques climatiques ne restent pas lettre morte ou du régime de la participation passive aux conférences internationales.

Il est temps de prendre conscience de ces lacunes et d’agir avec détermination ! Nous devons investir, coordonner nos efforts, éduquer nos communautés et suivre nos progrès. L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à une action climatique locale audacieuse et résolue.

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