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POLITIQUE ET MODE EN AFRIQUE

Par Melissa Zibi

Autrice et designer, Melissa Zibi oscille entre les industries de l’écriture, le design et de la mode et défend le changement dans chacun de ces espaces.

Au temps des rois, des reines, des Empires d’Afrique, les objets de mode et notamment les parures ont toujours eu une valeur importante. Composés de codes permettant non seulement de passer des messages et de distinguer tout un chacun selon son statut social, la mode n’a clairement pas pour simple but de couvrir le corps.

Ainsi, je souris quand de la bouche de certains j’entends des critiques négatives sur cette industrie qui est l’une des plus fructueuses de notre ère. Dans la liste des “anti-modes” arrivent bien souvent en tête les hommes politiques, dont certains se paonnent dans leurs costumes deux ou trois pièces qu’ils portent tous les jours tel un uniforme. Ils pensent que le simple fait de porter les mêmes couleurs ou le même type de vêtement ne font pas d’eux des victimes de la mode. Ils disent, pour certains, que la mode est excentrique et loufoque. Sans doute parlent-ils de la haute couture flamboyante et artistique, qui est en réalité est une vision exagérée et futuriste de ce qui devient, par la suite, une mode épurée et dite simple.

Avant de rentrer dans un argumentaire sans fin, comprenons d’abord d’où vient la mode et pourquoi, en soi, elle est devenue un mouvement mondial qui déplace les foules dans des boutiques populaires aujourd’hui. Pour ce faire, je vais essentiellement me concentrer sur les mouvements de mode en Afrique.  Tout d’abord, il existe bien des modes en Afrique et ce depuis la nuit des temps. De l’Empire égyptien à l’Empire Aksoumite en Éthiopie, en passant par l’Empire Mandingue du Mali ou encore les Empires Ashanti du Ghana et de Côte d’Ivoire, les étoffes ont voyagé, marqué et magnifié les corps des africains de toutes les manières possible et imaginable. Ainsi donc, les tissus et les bijoux étaient maître à cette époque. Ils servaient à identifier les Hommes selon leur tribu (chaque parure et style vestimentaire était différent d’un Empire à un autre) mais aussi étaient des outils pour séduire l’être aimé, mettre en valeur le corps, protéger et célébrer le vaillant guerrier, exposer l’abondante richesse des plus aisés.

Les étoffes utilisées pour les rois et les reines, étaient cousues au fil d’or ou confectionnées selon des codes de couleurs et motifs conçus spécialement pour eux et ne pouvant être portés que par eux. Dans d’autres cultures comme celles des Zoulous en Afrique du Sud, les peaux d’animaux servaient d’agrément aux costumes permettaient de mesurer la force et la virilité d’un homme. Soulignant ainsi sa capacité à protéger sa famille et à veiller à son épanouissement. Quant aux femmes, les peaux étaient signe de force et de sagesse.

Plus récemment, et au plus grand désarroi de mes chers anti-modes, les dirigeants politiques des années soixante, période symbolique marquant les premiers pas vers les indépendances des pays africains, ne sont pas en reste. Chaque politicien de cette époque a marqué l’histoire, et ce, du Maroc jusqu’à l’Afrique du Sud. Et, il était important pour ces hommes, dignes Représentants d’une Afrique libre, de montrer leurs talents certes intellectuels mais aussi stylistiques. Nous pouvons commencer par M. Kwame N’Krumah, qui en 1957 arrive à Washington avec un superbe costume traditionnel en tissu Kente, dont le volume et les couleurs ont marqué cette visite aux États-Unis. Par la suite, Monsieur Mobutu a tout simplement créé l’Abacost, un vêtement hybride qui n’était ni un costume classique occidental, ni une chemise. Ces Abacosts étaient cousus par des tailleurs congolais dans des étoffes aux couleurs unies en coton ou dans des imprimés africains flamboyants. Cette création devint si populaire que d’autres présidents africains (dont Mr Kwame N’Krumah du Ghana ou encore le président Julius Nyerere de Tanzanie) l’ont adopté à leur tour. Ensuite nous pouvons citer, Monsieur Nelson Mandela et ses chemises signées Pathé O., l’ancien président du Nigeria Monsieur Goodluck Jonathan toujours en chapeau noir ainsi que son successeur et président actuel, Monsieur Muhammadu Buhari qui lui adore les tenues traditionnelles revisités.

Aussi, quand certains n’osaient pas porter des imprimés ou se créer un style unique, c’était leurs femmes qui étaient de dignes représentantes de la mode de l’Afrique libre. On se souvient de l’incroyable élégance de Miss Fatoumata Diallo, Madame Marie-Thérèse Houphouet-Boigny et aujourd’hui de Madame Samira Bawumia… pour n’en citer que quelques-unes.

Ainsi, vous l’aurez compris, la mode est un excellent moyen de faire passer des idées, un message ou encore de relayer une attitude ; que l’on soit audacieux, comme Monsieur Mobutu, classique et élégant comme Houphouet Boigny, ou encore entre le classique et le traditionnel comme Monsieur Alpha Condé de la Guinée Conakry. L’essentiel est de marquer l’Histoire et d’embrasser sa culture.

Gageons donc que la nouvelle génération de leaders africains se tournera vers les jeunes stylistes africains, qui grâce à leur connaissance pointilleuse de la mode et de la confection vestimentaire, autant africaine que mondiale, sauront rafraîchir avec originalité la garde robe de ces brillants messieurs et dames pour leur permettre d’incarner toujours plus leur message et leur vision. Eh oui, l’habit fait également le leader !

L’eau potable pour tous et par tous: et si c’était possible

Par Asmaou Karim, Vice-Président de The Okwelians

Aujourd’hui, nous célébrons une ressource naturelle indispensable à la vie : l’eau. Les instances internationales ont rappelé l’importance de l’eau et en ont fait un Objectif de Développement Durable : « garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau », tel est l’Objectif de Développement Durable n°6 énoncé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) dans son Agenda 2030. D’ailleurs, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé la période 2018-2028 décennie internationale d’action sur le thème « l’eau pour le développement durable », et la thématique retenue pour l’année 2021 est : « la place de l’eau dans nos sociétés et comment la protéger ».

En ce 22 mars, Journée mondiale de l’Eau, deux questions sont posées par les Nations Unies autour du thème #Water2me : * Que signifie l’eau pour vous ? * Quels changements concernant l’eau apporteriez-vous dans votre région ?

crédit photo : Desy Danga

Y répondant, Yérima Alim MUSTAPHA, Maire de la commune de Gashiga dans le Nord Cameroun et plus jeune Maire du Cameroun pour la mandature 2013-2020, alerte :

« L’eau c’est la vie, son existence est essentielle au maintien de la vie et de tout être vivant. Le Grand Nord souffre du problème d’accès à l’eau potable, il est plus qu’urgent de créer des points d’eaux dans les localités qui n’en ont pas. »

En effet, l’eau a une valeur inestimable. Nous en avons besoin tous les jours que ce soit pour nos foyers, notre économie ou l’intégrité de notre environnement naturel. Chacun, sans discrimination, « a le droit à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d’une eau potable et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques, qu’il s’agisse de boisson, d’assainissement individuel, de lavage de linge, de préparation des aliments ou d’hygiène personnelle et domestique », rapporte l’Organisation des Nations Unies (ONU). Et, la Journée mondiale de l’eau a pour but de sensibiliser la population aux enjeux politiques, économiques et sociaux qui entourent « l’or bleu » et rappeler à toutes et à tous que l’eau potable est une richesse menacée qu’il faut préserver et protéger.

Dans le monde aujourd’hui, 1 personne sur 3 n’a pas accès à de l’eau salubre. D’ici à 2050, jusqu’à 5,7 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones en pénurie d’eau au moins un mois par an. Au Cameroun en particulier, 9 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. L’eau y est inégalement répartie et distribuée sur les dix régions et la situation est davantage alarmante en zones rurales. Ainsi, selon l’ONG African Center for Advocacy (ACA), organisation à but non lucratif qui mobilise ses efforts pour assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous, même si Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, n’est pas épargnée, les régions du Grand Nord paient le plus lourd tribut avec 80% de la population n’ayant pas accès à cette ressource fondamentale. Ces carences et dysfonctionnements pourraient être expliqués entre autres par les retards dans la mise en œuvre des programmes de constructions des forages, la vétusté du réseau de distribution d’eau potable, les coupures intempestives ou encore la qualité approximative de l’eau fournie par la société en charge de la distribution de l’eau potable.

crédit photo : Desy Danga

D’après les experts, les changements climatiques, sont à l’origine des crises liées à l’eau que nous observons dans le monde entier. L’augmentation de la population mondiale, les crises politiques, les déplacements de populations, les besoins en matière agricole et industrielle accroissent également le besoin en eau. Cette situation expose les populations et particulièrement les enfants à de nombreuses maladies hydriques. D’ailleurs, la prévention et la lutte contre la pandémie de la COVID 19 nous rappellent combien l’accès à l’eau est crucial dans la construction d’une société durable.

Pour y faire face, les pouvoirs publics camerounais multiplient les efforts pour améliorer la desserte en eau potable. Dans le cadre du processus de décentralisation en cours, plusieurs projets visant à résorber le déficit actuel ont été lancés dans plusieurs villes du pays. Il s’agit entre autres de la réhabilitation des réseaux dans les villes de Yaoundé, Ngaoundéré et Bertoua, l’extension des stations de production d’eau potable ou encore l’’extension du réseau tertiaire et du nombre de branchements (3 000 branchements supplémentaires et 70 bornes fontaines), dans la ville de Ngaoundéré.

De même, la Stratégie Nationale de Développement 2030 du Cameroun décrit également les actions que le Gouvernement entend mener pour assurer un accès universel et équitable à l’eau potable à savoir (i) mettre en place un cadre favorable à l’installation des sociétés privées de production et de distribution d’eau potable au niveau communal, (ii) réviser la loi n°98/005 du 14 avril 1998 portant régime de l’eau ou encore  (iii) élaborer et mettre en place un plan de développement sectoriel à long terme et un programme d’investissement conséquent en appui aux collectivités territoriales décentralisées.

En tout état de cause, d’énormes efforts restent à faire, tant la situation est inquiétante. La problématique de l’accès à l’eau potable n’est pas la responsabilité du seul Gouvernement. Cette responsabilité nous incombe à toutes et à tous, en tant qu’individus et aussi en tant qu’organisations ou associations. Chaque action est importante. De la sensibilisation à l’appropriation, beaucoup reste encore à faire.

The Okwelians s’est résolument inscrit dans cette dynamique. Dans le cadre de la mise en œuvre de son programme « The Okwelians s’engage pour les villes » qui est un programme destiné à accompagner les villes camerounaises dans la mise en œuvre de politiques publiques au service d’un développement socioéconomique et environnemental durable, The Okwelians a défini trois axes stratégiques : la gouvernance urbaine, la définition et la promotion des villes durables, les actions sociales principalement axées sur l’éducation et la santé.

Ainsi, au mois d’Octobre dernier à Rey Bouba, divers dons en produits et matériels pour le nettoyage du château d’eau et l’assainissement de l’eau pour les 120 000 habitants que compte la Commune ont été effectués. Une goutte d’eau dans la mer. Mais, nous espérons également que les efforts en cours permettront sur le plan des politiques publiques une meilleure sensibilisation, appropriation et concertation autour des enjeux liés à l’eau afin que chaque citoyen devienne un acteur responsable, un gardien, un avocat de l’accès à leau potable pour toutes et tous.

Alors, et vous ? Dites-nous, que signifie l’eau pour vous et quels changements concernant l’eau apporteriez-vous – pour ne pas dire apportez-vous – dans votre région ?

Let’s Okwelian it !

Africa as the theater of a new proximity war between Russia and the Western bloc? Part 2

Par Roger Motaze, Directeur Scientifique du LAB de The Okwelians

While the Cold War ended more than three decades ago, we are witnessing the resurgence of confrontation between East and West in a new theater, which is none other than Africa. At the expense of the people, it appears once again that geopolitical interests are taking precedence over the stability and development of Africa. We will illustrate our postulate in a series of various papers.

Mali and Niger II

On 18 August 2020, elements of the Malian armed forces unleashed a mutiny, which led to the fall of President Ibrahim Boubacar Keïta. The artisans of this coup were Colonels Malick Diaw and Sadio Camara, both trained at a military academy in Russia.[1]   They immediately set up the National Committee for the Salvation of the People (CNSP) to ensure the transition at the head of the country. President Keita’s term of office, which began in 2013 after a coup d’état in 2012 ousted Amadou Toumani Touré, coincided with the establishment of a French mission in Mali following Operation Serval and then Barkhane on the territory. Can we see in this strange coincidence, a pass of arms? That would be very hasty. Nevertheless, it seems obvious that Russia’s involvement seems certain, and that its influence exacerbates the historical partner. In response to this coup, the leader of the Western bloc, the United States, directly cut all military ties with the junta. It would seem that the relationship has become rather unfriendly and tumultuous between the Malian people and the French army, the reasons? They are surely multiple and diverse, ranging from the colonial past to Barkhane inefficiency, as Mali is still a victim of terrorist attacks, and jihadist groups are still swarming in the north of the country. In November 2019, demonstrators in Bamako urged Moscow to repel Islamist attacks in Mali as it did in Syria. Even the Malian opposition, like Umar Mariko, praised Russian arms and technical support. During the demonstrations in Bamako following the coup, demonstrators were seen waving Russian banners and holding up posters praising Russia for its “comradeship” with Mali.[2]   

Beyond the security and political aspects, the economic side naturally takes precedence in all cooperation.  On this aspect, it is important to note that the Russian nuclear energy giant Rosatom, which is in direct competition with its French counterpart Areva for contracts in the Sahel, could benefit from favorable relations with the new Malian political authorities.  Similarly, Nordgold, a gold company with investments in Guinea and Burkina Faso, could also expand its mining initiatives in Mali’s gold reserves.[3]   In January 2021, the CNSP is dissolved, leaving room for new elections to be held. The question on everyone’s mind is whether the next Malian authorities will continue to collaborate with Russia or return to the Western bloc, nothing is less certain. What is certain, however, is that the battle between the Russians and the French for control of influence in Mali is likely to continue.

Niger

In 2019, the Russian news agency “Sputnik” reported that Russia and Niger signed a contract for the delivery of 12 Mi-35 helicopters.[4]   This information coincided with the Russian will to impose itself on the African continent. This former French colony, member of the G5 Sahel and part of the most dangerous land axis in Africa, that is to say, the area of the three borders, which the country completes with Burkina Faso and Mali, is constantly victim of terrorist groups that criss-cross this sector.  Concluding a military contract with Russia is synonymous with disavowal of the former metropolis. This country, which broke relations with the USSR after the fall of the Berlin Wall in 1991, has in fact always had a socialist influence, verifiable with the accession to power of President Mahamadou Issoufou, who was brought to power when he headed the PNDS-Tarayya (the Nigerian Party for Democracy and Socialism,) which is part of the socialist international. Following a protocol signed in October 2016 in Niamey, Niger and Russia decided to strengthen their cooperation in several sectors, including energy, mining, infrastructure and security.[5]  This agreement puts the previous ones in difficulty when the exploitation of resources was essentially done by France.  Exports to France of uranium from the Arlit mines, located in northern Niger, have for a long time constituted a significant part of the country’s foreign income.[6]   

In addition, in January 2009, the government of President Mamadou Tandja of Niger and the president of Areva’s board of directors signed a strategic mining agreement granting the French nuclear group an operating permit for the Imouraren deposit, presented by Areva as the most important uranium mine in all of Africa and the second largest in the world.[7]    In 2019, the two countries, through their Ministers of Foreign Affairs, decided to extend cooperation in the political, commercial, economic and humanitarian spheres. This political cooperation has enabled Niger to gain immeasurable support from Russia in multilateral organizations, as well as for its election as a non-permanent member of the United Nations Security Council in fiscal year 2020-20201.  This is to say that the battle continues to rage between the two blocs.

Work Cited

  1. “Was Russia behind the coup in Mali?”, DW,  June 26, 2020.
  2. “Areva, maître de la plus grande mine d’uranium d’Afrique”,Site du collectif “Areva ne fera pas la loi au Niger”, September 1st, 2009.
  3. Ramani, Samuel. “Why Russia is a Geopolitical Winner in Mali’s Coup”, Foreign Policy Research Institute, September 16th, 2020.




[1] “Was Russia behind the coup in Mali?”, DW,  June 26, 2020.

[2] Samuel Ramani, “Why Russia is a Geopolitical Winner in Mali’s Coup”, Foreign Policy Research Institute, September 16th, 2020.

[3] Idem

[4] Idem

[5] “Areva, maître de la plus grande mine d’uranium d’Afrique”,Site du collectif “Areva ne fera pas la loi au Niger”, September 1st, 2009.

[6] Idem

[7] Mona Saanouni, “Le Niger achète 12 hélicoptères de combat russes”, Anadolu Agency,| October 23rd, 2019.

Africa as the theater of a new proximity war between Russia and the Western bloc? Part 1

Par Roger Motaze, Directeur Scientifique du LAB de The Okwelians

While the Cold War ended more than three decades ago, we are witnessing the resurgence of confrontation between East and West in a new theater, which is none other than Africa. At the expense of the people, it appears once again that geopolitical interests are taking precedence over the stability and development of Africa. We will start by illustrating our postulate from two countries.

Libya 

Since the fall of Guide Muammar Gaddafi, the country has been plagued by insecurity.  Behind the bitter struggle for control of the country that pits the Government of National Unity (GNA) of Fayez Al-Sarraj against the National Liberation Army (NLA) of Marshal Haftar, there is a genuine opposition and diverse involvement, the United States and Russia. Although recognized and supported by the United Nations, the NLA controls only Tripoli and its environs. How then can we explain the inaction of the UN body in the face of this conflict that has been going on for more than seven (07) years? The answer lies in the reciprocal neutralization of the members of the Security Council, essentially the Russians and the Americans. It is important to understand that the control of Marshal Haftal is established over a large eastern zone of the country, where the country’s oil deposits are located. Vladimir Putin’s country has undertaken to conclude oil and construction agreements in Libya, which has the largest oil reserves and the fifth largest reserves of natural gas on the African continent.[1]   On the military level, Russian cargo planes have regularly made military expeditions to the ANL forces, carrying military ammunition and soldiers of the pro-Russian Syrian regime.[2]   Beyond that, the country of Vladimir Putin is suspected of having deployed nearly two thousand (2000) mercenaries to fight with the ANL, and nearly a dozen fighter planes to support private military contractors.  On the political level, Russia has systematically opposed the sanctions issued against the ANL by the United Nations Security Council and has allowed the printing of a rival Libyan currency in Russia.[3]


As far as the United States is concerned, the commitment is certainly less direct, but it is just as sustained. Contrary to Russia, which acts in the open, the North American country uses the United Nations but especially Turkey and the anti-Islamic coalition as its horse of three, or pretext.

Since 2011, they (the USA) have officially conducted air strikes and sporadic raids in the country against Islamist groups.  In 2014, U.S. commandos seized an oil tanker bound for anti-government militias and returned it to the Libyan National Government.[4]   While the aegis of the anti-EI coalition may justify U.S. neutrality, support for Fayez is certain. Although Turkey also pursues its own interests in this conflict, it turns out that the old adage of the enemy of my enemy’s enemy is my friend (especially under the circumstances) applies here on several levels. Turkey has periodically transported arms, ammunition and aid to the Fayez government.[5]   Officially in July 2019, Recep Tayyip Erdoğan, the President of Turkey, threatened to declare war on Khalifa Haftar after receiving news of six Turkish citizens arrested by Haftar’s forces. The Turkish parliament voted on January 2, 2020, the agreement to send troops, and armament to help the internationally recognized government of Libya. As for the United Nations, Uncle Sam’s country has multiplied plans to sanction Haftar, but has also worked for talks to be held so that the Marshal could lay down his arms. Although the American interest is not as important as that of the Russians, it is the latter’s involvement that preserves American activism.  While Russia is trying to position itself, the United States will not allow a rise in Russian influence in Libya to flourish.

Central African Republic

It would be a truism to say that this country has been since its independence a preserve of the West, especially of France. This paradigm has changed for almost three years now, because of the military agreements with President Faustin-Archange Touadéra, Russia has become an important cooperator, thus challenging the French persuasion. This French preponderance was visible when the violence of 2013 between the Séléka and the Anti-Balak were at their height. The UN deployed the MISCA (International Mission in Support of the Central African Republic under African leadership), which was replaced by MINUSCA (United Nations Mission in the Central African Republic). In support of MISCA, France launched Operation Sangaris, composed of nearly 1,200 military personnel. Nearly 08 years later, the security situation in the Central African Republic is perilous, but in the place of French troops at the side of MINUSCA, there is Russia and nearly 300 military instructors.  The National Security Advisor to the Central African President, Valery Zakharov, is a former Russian spy.  To this should be added the private Russian company Wagner which, as in Libya, is seeking financial contracts in a country with diverse natural resources ranging from gold and uranium to hydrocarbons and rare wood species. With regard to its main strategic resource, diamonds, the country is ranked in the top ten most endowed in the world. It could be that Moscow is using the Central African Republic as a back door to larger and more resource-rich economies nearby, including Cameroon and Congo-Brazzaville, two other former French prefectures.

Work Cited

  1. Ghanmi Lamine, “Libya’s Islamic militants brag about receiving new Turkish weapons,” The Arab Weekly, May 26th, 2019.
  2. Kanzanci Handan, “New arms shipments come for Haftar forces: Libyan army”, Anadolu Agency, February 8th, 2020.
  3. Londono Ernesto, Hauslohner Abigail, “U.S. Navy SEALs take over oil tanker for return to Libya”, The Washington Post, March 17th, 2014.
  4. Robinson Kali, “Who’s Who in Lybia’s War”? Council on Foreign Relations, June 18th, 2020.

[1] Kali Robinson, “Who’s Who in Lybia’s War”? Council on Foreign Relations, June 18th, 2020.

[2] Handan Kanzanci, “New arms shipments come for Haftar forces: Libyan army”, Anadolu Agency, February 8th, 2020.

[3] Robinson, “Who’s Who in Lybia’s War”?

[4]  Ernesto Londono Ernesto, Abigail Hauslohner, “U.S. Navy SEALs take over oil tanker for return to Libya”, The Washington Post, March 17th, 2014.

[5] Lamine Ghami, “Libya’s Islamic militants brag about receiving new Turkish weapons,” The Arab Weekly, May 26th, 2019.

Les petits pas du Cameroun vers les Objectifs du Développement Durable (ODDs)

Benjamin OMBE

Journaliste-Consultant en intelligence stratégique

Auteur : « le Cameroun en prospective : Evaluation critique des Objectifs du développement durable », Harmattan, septembre 2020, 243 P.


Le Cameroun a présenté sa première Revue Nationale Volontaire (RNV)[1] lors du Forum Politique de Haut Niveau (FPHN) qui s’est tenu du 9 au 18 juillet 2019 au siège des Nations Unies à New York. Par ailleurs, le pays a fait les comptes de la première phase de son plan national de développement, vision 2035, déclinée dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE). L’évaluation de ces différents agendas de développement a démontré que la marge de progression vers les objectifs visés reste encore considérable. Pour rectifier le tir, le pays vient de lancer la deuxième phase de son plan de développement baptisé « Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 ». Il s’agit d’une dérivation du DSCE. La mise en œuvre de la SND2020-2030 sera couplée avec la dernière décade des ODDs. C’est donc un défis majeur pour le Cameroun de conduire les deux agendas de développement de façon simultanée (même si la SND prend en compte certains aspects des ODDs du moins sur le plan conceptuel). L’une des clés de réussite dans l’exécution de ces agendas de développement résidera aussi dans la capacité du pays à faire une auto-évaluation critique devant lui permettre de se projeter vers l’avenir avec moins d’incertitude.

Indicateurs sociaux de base : entre crainte et espoir…

En dépit de quelque avancées, l’accès de la population aux services sociaux de base tels que l’eau, le logement, l’électricité et l’alimentation reste encore un luxe pour la majeure partie de la pollution. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, en 2019, sur une population de près de 24 millions d’habitants, environ 9 millions de Camerounais n’ont pas toujours accès à un service d’eau potable. Le taux d’accès à l’eau potable au niveau national est estimé à  72,9 % en 2018.  Ce taux était de 33% en 2010 selon la Banque africaine de développement (BAD).

En matière d’accès à l’électricité, en 2017, selon la Banque Mondiale[2],  au Cameroun, le taux global d’accès à l’électricité était de 61%. Le taux d’accès à l’énergie électrique est en nette évolution depuis 2010. Il est passé de 41% en 2000, à 53% en 2010 et à 59% en 2015. Toutefois, près de 10 millions de personnes vivent encore dans le noir. Les énergies renouvelables ne représentent que 5% du mix énergétique global.

Pour le logement, dans le cadre du DSCE, le gouvernement s’est fixé pour objectif de construire 17 000 logements sociaux et d’aménager 50 000 parcelles. En 2018, l’évaluation faisait état de ce que le nombre de logements construits s’élevait à 2 400. Soit un déficit de 14 600 par rapport à l’objectif fixé. Par ailleurs, il convient de relever que l’essentiel des 2 400 logements ne sont pas encore rendus opérationnels.

Pour l’alimentation, le taux de croissance annuel de la production agricole, qui est de 2 %, reste inférieur au taux de croissance démographique de 3% constatait le Programme alimentaire mondiale (PAM) en 2017. Selon le rapport 2019 sur « l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde », le pays comptait 17,1 millions de personne en situation d’insécurité alimentaire modérée entre 2016 et 2018, soit une prévalence de 71,2%, et 10,6 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire grave sur la période 2016-2018 pour une prévalence de 44,2 %.

En matière de santé publique, en 2017 l’espérance de vie à la naissance dans le pays était estimée à 58 ans (PNUD, 2018). Pour l’année 2015, la densité moyenne du personnel soignant était évaluée par l’OMS à 6 pour 10 000 habitants contre 14,1 infirmiers pour 10 000 habitants. Selon une étude réalisée en juin 2016 par l’équipe d’appui technique du Bureau international du travail (BIT) pour l’Afrique centrale, il y a moins de 2 % de la population camerounaise qui bénéficie d’une assurance maladie.

Bien qu’en nette progression, le développement des infrastructures routières piétine. Au premier trimestre 2019, l’ensemble des routes bitumées au Cameroun était évalué à 6859 km, ce qui reste très en deçà de l’objectif fixé à 9558 km par le DSCE. Toutefois, 1034,5 km de routes bitumées ont fait l’objet de réhabilitation sur la période 2010-2018.

Le logiciel de la gouvernance en panne…

La corruption demeure un phénomène endémique. Le pays est classé 152ème sur 180 pays avec un score de 25/100 selon le rapport sur l’indice de perception de corruption 2018, publié le 29 janvier 2019 par Transparency International. Selon cette ONG internationale, 71% de Camerounais sont convaincus que  la corruption va se généraliser d’ici à 2050. 

Le chômage est une équation difficile à résoudre. Le taux de sous-emploi global pour les personnes âgées de 15 ans et plus se situe à 77,6 % et le taux d’informalité est de 88,6 %. Le taux de sous-emploi global est passé de 71,1% en 2007 à 79,0% en 2014, soit une augmentation de 7,9 points. D’après l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le Cameroun figure en deuxième place des pays ayant le plus fort taux de travailleurs indépendants avec un indice de 76,8%, derrière  la Somalie, le pays le plus pauvre au monde.

Sur la question de la sécurité et des libertés, outre les exactions de la secte islamiste Boko Haram et la crise dite anglophone qui a provoqué d’importantes pertes matérielles et  humaines, le climat social est extrêmement fragile. Le pays a enregistré, 870 victimes d’homicides volontaires en 2015, dont 669 hommes et 201 femmes. De plus, 85 % d’enfants âgés de 1 à 14 ans ont subi des agressions psychologiques ou des châtiments corporels. En matière de liberté publique, dans son rapport 2017 sur la liberté de la presse, Freedom House classe le Cameroun comme « non libre ».

Les inégalités ne font que s’accentuer. Entre 2007 et 2014, la pauvreté à peu reculé, et les inégalités ont augmenté (FMI, 2018). La répartition inégale des fruits de la croissance a engendré une aggravation des inégalités de revenus avec un indice de Gini qui passe de 40,04% en 2011 à 44% en 2014 et un indice d’inégalité de genre se situant à 0,56 classant le Cameroun a la 141/160 pays. L’on note encore des obstacles à la pleine participation des femmes à l’économie et des disparités fortes entre les zones rurales et urbaines dans l’accès aux services sociaux de base. Selon le « rapport sur le développement humain » publié par le PNUD en décembre 2019, le pays enregistre un indice de développement humain ajusté aux inégalités de 0,392 en régression de -6 points comparativement aux années précédentes.

Conséquence, le taux de pauvreté global n’a que faiblement reculé, passant de 40,2 % en 2011 à 37,5 % en 2014, tandis que la part de la population pauvre a augmenté de 12 % entre 2007 et 2014, pour atteindre 8,1 millions d’habitants. Le seuil de pauvreté du pays ne s’est pas fondamentalement amélioré à l’intervalle 2015-2018. Il est de 35,5%, très loin des 23% espérés par le pays en 2020 (projection Phase I du DSCE).

Lutter contre la pauvreté et les inégalités

Les estimations à partir du dernier recensement général de la population (2005) permettent de situer la population du Cameroun en 2018 à environ 24 millions d’habitants. Selon les projections de Word Populations Prospects[3], le Cameroun pourrait avoir une population estimée à 38,870 millions d’habitants à l’horizon 2035, avec les moins de 30 ans qui représenteront plus des deux tiers de la population totale. « Une forte proportion de cette population vit malheureusement en deçà du seuil de pauvreté, présentant même des poches d’aggravation des inégalités et des disparités selon le sexe du chef de ménage, en fonction de la région et le milieu résidentiel »[4]. C’est là que réside le grand enjeu et défi de développement du Cameroun pour les prochaines années. Le pays devrait œuvrer pour freiner et réduire le niveau de pauvreté et des inégalités. Pour y arriver, la création d’emplois décents avec un accent sur l’agriculture et le numérique, la lutte contre la corruption et l’augmentation des investissements dans le secteur social nous semblent capitale pour renverser la tendance actuelle.



[1] Chaque année, un certain nombre de pays vient présenter leur Revue Nationale Volontaire (RNV) qui permet d’assurer un suivi de l’état d’avancement de l’atteinte des ODD dans les pays, d’identifier les leçons apprises et les défis à relever. Chaque Etat membre présentera au minimum deux revues d’ici à 2030.

[2]Tracking SDG7 : The Energy Progress Report 2019.

[3]Word Populations Prospects projette à 10 milliards d’habitants la population mondiale à l’horizon 2050. L’Afrique subsaharienne est la région qui enregistrera le plus fort taux de croissance démographique.

[4]« Evaluation des besoins en renforcement des capacités en vue de la transformation économique du Cameroun », rapport, CAMERCAP-PARC, décembre 2018. (P.05).

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Qu’est-ce qu’un heros Africain?

Pour l’espagnol Baltasar Gracian qui commit un ouvrage intitulé, Le Héros, l’héroïsme consiste paradoxalement en la maitrise de ses passions, la capacité à les dissimuler, à l’art de la prudence pour atteindre ses objectifs.

Il est peu probable que cette définition raisonnée fasse florès au sud de la Méditerranée. Demandez donc aux citoyens africains lambda, qui sont leurs héros politiques. Vous aurez assurément Lumumba, Sékou Touré, Mugabe, Sankara, Olympio Mugabe. Une majorité de ces héros sont tragiques, pis, ils se caractérisent surtout par leur coup d’éclat, leur geste héroïque face au (néo)colonisateur.

On peut mettre ces « héros » en relief avec un Nelson Mandela, adulé pendant les années 80 et au début des années 90, mais désormais contesté dans de nombreux cercles africains bien qu’ayant réalisé une transition d’un système raciste et autoritaire vers une démocratie libérale.

Des voix s’élèvent pour dénoncer le fait que son compromis soit trop favorable aux blancs qui dominent toujours la superstructure économique en Afrique du Sud. Cette attitude de compromis- ou de compromission selon certains- tranche avec celle de son Camarade Bob (Robert Mugabe), qui fit moins des manières au Zimbabwe voisin précipitant le pays dans une crise économique dont il n’est toujours pas sort. A contrario, un Mandela a privilégié une politique sur le long terme et n’a que peu commis de « geste héroïque » qui satisferait l’opinion noire/décolonisée dans l’immédiat.

Pourtant, dans la galaxie des gestes héroïques africains, Mandela demeure toujours derrière les discours de Sékou Touré ou Lumumba face aux colons.

Cette prédominance du geste héroïque illustre le fait que la psychologie politique de beaucoup d’africains demeurent marquée par la (dé)colonisation. Cette psyché est attisée par la persistance de régimes plus au moins autoritaires muselant l’expression des aspirations et volontés des populations. Dans les régimes plus ou moins démocratisés, les brimades du réel – notamment une globalisation économique dans laquelle l’Afrique a un poids politique et économique moindre – contribue également à la persistance de cette conscience de dominé.

En conséquence, les héros privilégiés sont ceux qui s’inscrivent en opposition à la marche du monde ou de l’histoire plutôt que porteurs d’un projet de société ayant donné la preuve de leur supériorité intellectuelle et politique. Ce sont davantage des martyrs, souvent des (néo)colons, mais aussi victimes de leurs propres passions. Leur admiration prospère dans un contexte volontiers manichéen qui nourrit paradoxalement un rapport fataliste à la politique. Puisque l’Afrique est « mal partie », « perdante » autant privilégier les gestes qui satisfont l’amour propre, la conscience de dominé.

Bien souvent, la focalisation sur le geste héroïque fait l’économie d’une évaluation ou réflexion sur ses conséquences, pis encore, de son efficacité politique. Au risque de choquer, qu’aura apporté au Congo et même à Lumumba, son discours face à Baudouin si ce n’est une sécession du Katanga, l’antipathie américaine érodant son autorité dès son accession au pouvoir ? Le même raisonnement peut être appliqué à Sékou Touré, qui n’avait pas mesuré l’impact de son discours sur De Gaulle- comme les conseillers de ce dernier au demeurant-.

Or si l’on considère que la politique pure consiste à mobiliser différents voies et moyens pour atteindre des objectifs, on peut s’interroger sur l’appétence africaine pour un héroïsme sans lendemain. En dépit de ces échecs –mis sur le compte du (néo)colon et ses affidés, la popularité de ces martyrs transformés en héros demeure.

A contrario, d’autres politiques africains moins flamboyants, ternes, firent des choix moins spectaculaires, mais plus audacieux à cette époque. Se faisant, certains initièrent des dynamiques de développement dans leurs pays respectifs. Or, quand ils ne sont pas qualifiés de « traitres », ou de « vendus » par les survivances de l’anti-impérialisme, ils constituent une mauvaise conscience de beaucoup d’Africains qui leur accordent du crédit à reculons. Félix Houphouët Boigny étant le meilleur exemple.

Cette conscience ambiguë reflète le dilemme sous tendu dans les démocraties émergentes sur le continent : voulons-nous des dirigeants qui nous représentent? Ou des dirigeants qui répondent efficacement à nos besoins ? Souvent, la conjugaison de ces deux logiques (représentation ou efficacité) est ardue. Au cœur de ce dilemme, réside non seulement la maturation (ou pas) des démocraties africaines, mais surtout l’émergence de ces héros positifs.

Comme disait Victor Hugo, « il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste ». Jusqu’ici, une majorité d’âmes africaines, romantiques à leur sens ont privilégié le boulet, le coup d’éclat, le verbe haut, – avec les réussites inégales que l’on connaît. Serait-il temps pour nos héros en herbe de choisir la peste à défaut de devenir des martyrs ?