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Les petits pas du Cameroun vers les Objectifs du Développement Durable (ODDs)

Benjamin OMBE

Journaliste-Consultant en intelligence stratégique

Auteur : « le Cameroun en prospective : Evaluation critique des Objectifs du développement durable », Harmattan, septembre 2020, 243 P.


Le Cameroun a présenté sa première Revue Nationale Volontaire (RNV)[1] lors du Forum Politique de Haut Niveau (FPHN) qui s’est tenu du 9 au 18 juillet 2019 au siège des Nations Unies à New York. Par ailleurs, le pays a fait les comptes de la première phase de son plan national de développement, vision 2035, déclinée dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE). L’évaluation de ces différents agendas de développement a démontré que la marge de progression vers les objectifs visés reste encore considérable. Pour rectifier le tir, le pays vient de lancer la deuxième phase de son plan de développement baptisé « Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 ». Il s’agit d’une dérivation du DSCE. La mise en œuvre de la SND2020-2030 sera couplée avec la dernière décade des ODDs. C’est donc un défis majeur pour le Cameroun de conduire les deux agendas de développement de façon simultanée (même si la SND prend en compte certains aspects des ODDs du moins sur le plan conceptuel). L’une des clés de réussite dans l’exécution de ces agendas de développement résidera aussi dans la capacité du pays à faire une auto-évaluation critique devant lui permettre de se projeter vers l’avenir avec moins d’incertitude.

Indicateurs sociaux de base : entre crainte et espoir…

En dépit de quelque avancées, l’accès de la population aux services sociaux de base tels que l’eau, le logement, l’électricité et l’alimentation reste encore un luxe pour la majeure partie de la pollution. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, en 2019, sur une population de près de 24 millions d’habitants, environ 9 millions de Camerounais n’ont pas toujours accès à un service d’eau potable. Le taux d’accès à l’eau potable au niveau national est estimé à  72,9 % en 2018.  Ce taux était de 33% en 2010 selon la Banque africaine de développement (BAD).

En matière d’accès à l’électricité, en 2017, selon la Banque Mondiale[2],  au Cameroun, le taux global d’accès à l’électricité était de 61%. Le taux d’accès à l’énergie électrique est en nette évolution depuis 2010. Il est passé de 41% en 2000, à 53% en 2010 et à 59% en 2015. Toutefois, près de 10 millions de personnes vivent encore dans le noir. Les énergies renouvelables ne représentent que 5% du mix énergétique global.

Pour le logement, dans le cadre du DSCE, le gouvernement s’est fixé pour objectif de construire 17 000 logements sociaux et d’aménager 50 000 parcelles. En 2018, l’évaluation faisait état de ce que le nombre de logements construits s’élevait à 2 400. Soit un déficit de 14 600 par rapport à l’objectif fixé. Par ailleurs, il convient de relever que l’essentiel des 2 400 logements ne sont pas encore rendus opérationnels.

Pour l’alimentation, le taux de croissance annuel de la production agricole, qui est de 2 %, reste inférieur au taux de croissance démographique de 3% constatait le Programme alimentaire mondiale (PAM) en 2017. Selon le rapport 2019 sur « l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde », le pays comptait 17,1 millions de personne en situation d’insécurité alimentaire modérée entre 2016 et 2018, soit une prévalence de 71,2%, et 10,6 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire grave sur la période 2016-2018 pour une prévalence de 44,2 %.

En matière de santé publique, en 2017 l’espérance de vie à la naissance dans le pays était estimée à 58 ans (PNUD, 2018). Pour l’année 2015, la densité moyenne du personnel soignant était évaluée par l’OMS à 6 pour 10 000 habitants contre 14,1 infirmiers pour 10 000 habitants. Selon une étude réalisée en juin 2016 par l’équipe d’appui technique du Bureau international du travail (BIT) pour l’Afrique centrale, il y a moins de 2 % de la population camerounaise qui bénéficie d’une assurance maladie.

Bien qu’en nette progression, le développement des infrastructures routières piétine. Au premier trimestre 2019, l’ensemble des routes bitumées au Cameroun était évalué à 6859 km, ce qui reste très en deçà de l’objectif fixé à 9558 km par le DSCE. Toutefois, 1034,5 km de routes bitumées ont fait l’objet de réhabilitation sur la période 2010-2018.

Le logiciel de la gouvernance en panne…

La corruption demeure un phénomène endémique. Le pays est classé 152ème sur 180 pays avec un score de 25/100 selon le rapport sur l’indice de perception de corruption 2018, publié le 29 janvier 2019 par Transparency International. Selon cette ONG internationale, 71% de Camerounais sont convaincus que  la corruption va se généraliser d’ici à 2050. 

Le chômage est une équation difficile à résoudre. Le taux de sous-emploi global pour les personnes âgées de 15 ans et plus se situe à 77,6 % et le taux d’informalité est de 88,6 %. Le taux de sous-emploi global est passé de 71,1% en 2007 à 79,0% en 2014, soit une augmentation de 7,9 points. D’après l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le Cameroun figure en deuxième place des pays ayant le plus fort taux de travailleurs indépendants avec un indice de 76,8%, derrière  la Somalie, le pays le plus pauvre au monde.

Sur la question de la sécurité et des libertés, outre les exactions de la secte islamiste Boko Haram et la crise dite anglophone qui a provoqué d’importantes pertes matérielles et  humaines, le climat social est extrêmement fragile. Le pays a enregistré, 870 victimes d’homicides volontaires en 2015, dont 669 hommes et 201 femmes. De plus, 85 % d’enfants âgés de 1 à 14 ans ont subi des agressions psychologiques ou des châtiments corporels. En matière de liberté publique, dans son rapport 2017 sur la liberté de la presse, Freedom House classe le Cameroun comme « non libre ».

Les inégalités ne font que s’accentuer. Entre 2007 et 2014, la pauvreté à peu reculé, et les inégalités ont augmenté (FMI, 2018). La répartition inégale des fruits de la croissance a engendré une aggravation des inégalités de revenus avec un indice de Gini qui passe de 40,04% en 2011 à 44% en 2014 et un indice d’inégalité de genre se situant à 0,56 classant le Cameroun a la 141/160 pays. L’on note encore des obstacles à la pleine participation des femmes à l’économie et des disparités fortes entre les zones rurales et urbaines dans l’accès aux services sociaux de base. Selon le « rapport sur le développement humain » publié par le PNUD en décembre 2019, le pays enregistre un indice de développement humain ajusté aux inégalités de 0,392 en régression de -6 points comparativement aux années précédentes.

Conséquence, le taux de pauvreté global n’a que faiblement reculé, passant de 40,2 % en 2011 à 37,5 % en 2014, tandis que la part de la population pauvre a augmenté de 12 % entre 2007 et 2014, pour atteindre 8,1 millions d’habitants. Le seuil de pauvreté du pays ne s’est pas fondamentalement amélioré à l’intervalle 2015-2018. Il est de 35,5%, très loin des 23% espérés par le pays en 2020 (projection Phase I du DSCE).

Lutter contre la pauvreté et les inégalités

Les estimations à partir du dernier recensement général de la population (2005) permettent de situer la population du Cameroun en 2018 à environ 24 millions d’habitants. Selon les projections de Word Populations Prospects[3], le Cameroun pourrait avoir une population estimée à 38,870 millions d’habitants à l’horizon 2035, avec les moins de 30 ans qui représenteront plus des deux tiers de la population totale. « Une forte proportion de cette population vit malheureusement en deçà du seuil de pauvreté, présentant même des poches d’aggravation des inégalités et des disparités selon le sexe du chef de ménage, en fonction de la région et le milieu résidentiel »[4]. C’est là que réside le grand enjeu et défi de développement du Cameroun pour les prochaines années. Le pays devrait œuvrer pour freiner et réduire le niveau de pauvreté et des inégalités. Pour y arriver, la création d’emplois décents avec un accent sur l’agriculture et le numérique, la lutte contre la corruption et l’augmentation des investissements dans le secteur social nous semblent capitale pour renverser la tendance actuelle.



[1] Chaque année, un certain nombre de pays vient présenter leur Revue Nationale Volontaire (RNV) qui permet d’assurer un suivi de l’état d’avancement de l’atteinte des ODD dans les pays, d’identifier les leçons apprises et les défis à relever. Chaque Etat membre présentera au minimum deux revues d’ici à 2030.

[2]Tracking SDG7 : The Energy Progress Report 2019.

[3]Word Populations Prospects projette à 10 milliards d’habitants la population mondiale à l’horizon 2050. L’Afrique subsaharienne est la région qui enregistrera le plus fort taux de croissance démographique.

[4]« Evaluation des besoins en renforcement des capacités en vue de la transformation économique du Cameroun », rapport, CAMERCAP-PARC, décembre 2018. (P.05).

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A DILEMMA FOR THE WISEST OF KINGS IN KAMERUN

Venant Mohamed POUEMI: Currently Director at McCann Erickson Douala, Venant Mohamed Pouemi is a founding member of the « SOUL NJANGUI » collective, which is interested in the role of creativity in the sustainable development of African societies. Venant Mohamed is also a member of the Think-do-tank The Okwelians founded in Cameroon in 2020 and the Cameroon Marketing Association. 

In this creative narrative, Venant Mohamed Pouemi inspires himself from the myth of King Souleyman / Solomon to reveal the ethical deficiency that fuels the war in the English-speaking regions of Cameroon.

One day, exhausted by years of disputes and war between some of their fathers; blood brothers who had become rival chiefs because of their thirst for power, the people of Kamerun directed their tears and prayers towards the « chariot of the gods »3, shouting « Anti Zamba, O Allah, O Nyambe, O NSi4, we implore you by all your names from Campo to Kousseri, and from Batouri to Bakassi5. We have been suffering for too long, so send us the wisest of men to help us judge this case and stop this murderous war”.

Suddenly, the ground began to tremble and the sun’s rays illuminated the dark cloud that usually covers the Buea Mountain. As in Maroua’s fantasia, majestic horsemen rode down the slope with

dance groups singing, « Welcome Souleymane, Welcome Souleymane, God sends back to you the wisest king and the most clairvoyant of prophets.” Souleymane then descended from his magnificent chariot carved in bronze and gold in the manner of Foumban and at the foot of the chariot of God, he gathered the rival parties.

First of all he asked them: « Why do you fight one another »?

The eldest replied: « It was the younger one who started it, he violated the 1972 agreement ».

The younger one answered: « It was the older one who started by violating the agreements since 1961 ».

Souleymane interrupted them by saying, « What is most important for you? What has happened which cannot be changed, or what will happen in the future? » They both replied: « The Future ». Souleymane rejoiced, saying, « By the most Merciful, I have already had the opportunity to judge such a matter between two mothers. Bring me the symbol of that future. Bring me the last born of this country. The one that has just been born by a sister of the both of you; little Ngarbuh Kumba, your maternal nephew, the womb of your womb, the blood of your blood.

When the child was summoned, the wisest of kings entrusted him to a recognized warrior of the land, « I am only a judge, I need your strength. Draw your sword and hang it like a guillotine over this child’s body, for the response of both parties will determine what happens next. »

Souleyman turned to the rival chiefs and said, « The God of your ancestors has given me only one question to settle your differences.  Think carefully, for the guard is ready to do your bidding. As is often the case in life, you have only two options. Now here is my question: WILL YOU PREFER TO PROVE THAT EACH OF YOU IS RIGHT OR WILL YOU PREFERE TO SAVE THE CHILD? »

Without hesitation the two uncles of the infant answered in unison: « O Solomon, I am right ».  They had not finished pronouncing their shameful decision when the sword of the guard fell on the infant. The Blood of Ngarbu6 squirted from Muyuka to Kumba. Under the cries of women, the ground trembled and the sun hid.

White with anger, Souleyman left on his chariot crying: « Anti Zamba who are these unworthy chiefs who sacrifice their children for glory and money, O Lord, who are these soulless warriors who follow abominable orders without thinking. O Nyambe, you did not tell me that I should judge demons and not men. »

This story depicts the terrible crisis Kamerun is currently experiencing. Everywhere in the media, in debates and in forums, the children of Kamerun fight violently for the pleasure of being right. And unfortunately since 2016, in the English-speaking regions, the war of words has admitted the war of blood.

To get out of the darkness that envelops us a little more each day, it is imperative for each and every Cameroonian to contain this selfish trend that pushes us to absolutely seek dominion, for the benefit of an altruistic attitude that invites us to be good to the community.

1Souleyman: name of King Solomon in the Koran; Kamerun : name of Cameroon during the German colonization before the division of the country between France and Great Britain.

2NOSO:  Expression referring to the Northwest and Southwest regions at war since 2016.

3Chariot of the gods : Name of Mount Cameroon attributed by explorers of the Middle Ages

4Zamba, Allah, Nyambe, NSi : Names of God in different Cameroonian languages

5 Campo to Kousseri, and from Batouri to Bakassi : cities respectively located on the southern, northern, eastern and western borders of Cameroon.

6 Ngarbu, Muyuka, Kumba : towns in Kamerun affected by killings of women and children in 2020

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The Okwelians au Forum de Paris sur la Paix 2020

Par Gabrielle Andela Kelle (Co-Directice de The LaB’)

Du 11 au 13 novembre 2020, The Okwelians prendra part aux travaux de la troisième édition du Forum de Paris sur la Paix, sous le format numérique.

        Le Forum de Paris, acteur et plateforme pour l’avancement des solutions de gouvernance mondiale, a été créé en 2018 par la République Française (représentée par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères), l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po), l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), l’Institut Montaigne, la Körber-Stiftung, la Fondation Mo Ibrahim rejoints en 2019 par les Think Tanks respectivement mexicain et indien México Evalua et Research and Information System for Developing Countries (RIS). Il réunit l’ensemble des acteurs de la gouvernance mondiale : Chefs d’Etat et de Gouvernement, Représentants locaux et nationaux, Représentants d’Organisations régionales et internationales, Acteurs de la Société civile (ONG, Représentants relgieux, Experts, Médias, Think Tanks, Entreprises, Fondations, Philanthropes, Sociétés privées etc).

        L’objectif du forum est de discuter des principaux défis mondiaux qui attisent ou engendrent des conflits, afin d’apporter et/ou de faire avancer des solutions innovantes et concrètes. Au-delà des discussions de très haut niveau, le Forum de Paris sur la Paix met en avant plus de 100 projets du monde entier, qui appliquent des solutions spécifiques à des défis de la gouvernance mondiale, dont les dix plus prometteurs recevront un appui et un accompagnement annuel pour leurs activités de plaidoyer, de communication et de développement organisationnel.

        Le Forum de Paris sur la Paix est structuré autour de trois espaces complémentaires qui en font plus qu’une conférence, à savoir :

  • l’espace des débats ;
  • l’espace des solutions ;
  • l’espace des innovations.

        L’Initiative de Paris sur la Paix est née du constat que les problèmes mondiaux sans solutions coopératives mènent aux conflits, que le monde n’évolue pas dans la bonne direction et que cette situation n’est pas porteuse de paix. Elle est aujourd’hui le rendez-vous annuel des projets, d’idées et de solutions concrètes en matière de gouvernance mondiale autour de six thématiques majeures : paix et sécurité ; développement ; environnement ; nouvelles technologies ; économie inclusive ; et culture et éducation.

        Pour l’année 2020, année marquée par une crise sanitaire aux conséquences dramatiques, qui n’a épargné aucun pays et qui appelle à des solutions collectives, les travaux de la 3ème édition du Forum de Paris sur la paix sont consacrés aux projets et aux initiatives du monde entier visant à apporter des réponses immédiates à la crise provoquée par la COVID, à améliorer notre résilience sur le moyen terme, et à reconstruire un monde plus durable. Il sera principalement question de « rebondir vers un monde meilleur ». Cette 3ème édition comportera, outre les traditionnelles séquences des Assises, le volet « Entreprises », élément inédit axé sur le secteur privé qui donnera l’opportunité aux chefs d’entreprises de haut niveau de se prononcer sur la thématique centrale.

        Ainsi, les priorités de la 3ème édition du Forum de Paris sur la paix porteront sur :

  • améliorer la gouvernance mondiale de la santé, avec comme objectif d’augmenter la coordination entre les acteurs, de lancer des initiatives, de renforcer les mécanismes d’alerte et de préparation, et de dynamiser les systèmes de santé locaux dans les pays en développement ;
  • repenser et verdir le capitalisme : au-delà des mesures d’urgence nécessaires – y compris pour les pays en développement – la relance de l’activité économique passe par la construction d’économies plus inclusives, et des systèmes de production durables, respectueux de l’environnement ;
  • faire des big data et des médias sociaux des solutions, pas des menaces : les cyber-solutions, plus que nécessaires et indispensables en tant de COVID19, ne devraient pas mettre en péril la vie privée et la liberté des individus.

        Sur ces questions, The Okwelians suggère les pistes de réflexion suivantes :

a.  Pour une meilleure gouvernance mondiale de la santé 

  • Renforcer la participation de la société civile dans la gouvernance de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – femmes, jeunes, entreprises, syndicats, communautés religieuses – afin de créer un contrepoids aux logiques étatiques et/ou aux intérêts dominants (lobbying pharmaceutique, etc.) dans les prises de décision au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ;
  • Accorder un rôle plus prépondérant aux acteurs de la médecine préventive (y compris de la santé mentale) de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle notamment afin de stimuler le financement de la recherche scientifique en la matière ;
  • Créer un corps international de la Paix chargé d’assurer entre autre des missions humanitaires et de relayer le personnel médical en tant que de besoin en cas de catastrophes et d’épidémies majeures dans certaines régions du monde.
  • Décentraliser l’analyse des données et la recherche en matière de santé publique afin de favoriser une meilleure prise en compte des spécificités territoriales dans la lutte contre les pandémies et/ou épidémies mondiales.

b. Pour un capitalisme plus équitable et écologique 

  • Multiplier les incitations fiscales pour encourager les banques à financer des projets durables et stimuler l’économie circulaire ;
  • Créer des incitations financières à destination des petits et moyens entrepreneurs qui utilisent des méthodes et facteurs de production qui tiennent compte de l’environnement. A ce titre, il pourrait être envisager d’ouvrir un nouveau cycle dans les Accords de l’OMC ;
  • Renforcer la prise en compte de la protection de l’environnement dans les stratégies de développement. A cet effet, créer un instrument mesurant l’empreinte carbone des stratégies d’industrialisation sur le court et le moyen termes ;
  • Encourager la promotion de pratiques, normes et standards plaçant la RSE au centre des outils, structures et procédures de gouvernance des entreprises ;
  • Renforcer la lutte contre les flux financiers illicites, notamment ceux issus de l’exploitation des ressources naturelles, afin d’accroitre les capacités locales de créer des programmes d’amortissement des risques écologiques :

c. Pour s’assurer que les données et les réseaux sociaux soient des solutions et pas des menaces 

  • Diminuer la fracture numérique pour faciliter l’accès au numérique aux populations enclavées par des incitations fiscales au GAFA actives dans la recherche de solutions
  • Faire de la protection des données personnelles une priorité en matière de sécurité internationale par le renforcement des sanctions en cas de violations
  • Contextualiser les usages des réseaux sociaux aux besoins des sociétés. Il s’agit de créer des solutions digitales adaptées aux besoins de la société : éducation, santé, bonnes pratiques agricoles, secteur public, etc ;
  • Mettre en place une nouvelle taxe sur les Entreprises promotrices des réseaux sociaux afin de financer des programmes de sensibilisation et de responsabilisation des internautes, notamment des plus jeunes et des plus fragiles.

        Le Forum de Paris sur la Paix offre, pour la troisième année consécutive, l’opportunité aux acteurs de la coopération internationale, aux plus importants, mais également aux plus engagés, de trouver des solutions concrètes aux énormes défis transnationaux, et à l’heure actuelle à ceux posés par la pandémie de la COVID19, et de reconstruire un monde meilleur, un monde durable./-

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S’engager pour des villes camerounaises durables

Par Asmaou KARIM, Vice-Présidente de The Okwelians

L’UNESCO et la communauté internationale célèbrent tous les 31 octobre la Journée Mondiale de la Ville. Et, le thème de la célébration de cette année est « Meilleure ville, Meilleure vie, valoriser nos communautés et nos villes ». Ce thème est en parfaite harmonie avec l’engagement pris par The Okwelians, Think&Do Tank qui se veut être un laboratoire d’idées et de solutions innovantes au service du Cameroun d’abord, de l’Afrique et du Monde ensuite, et qui a officiellement lancé son Programme « The Okwelians s’engage pour les Villes » à Rey-Bouba du 12 au 17 octobre dernier.  

Comme le dit Stuart Avery Gold, écrivain et auteur à succès international, « pour changer l’avenir, il n’y a qu’à changer le présent. Et le vrai avenir commence par un engagement triomphal dans le présent ». L’engagement, notion riche, peut se traduire de tant de manières différentes. Mais pour nous, s’engager signifie consacrer son temps et son énergie pour contribuer à la recherche et à la mise en œuvre de solutions aux problèmes sociaux, politiques, économiques et humains de nos territoires par des actions concrètes et structurantes ; en somme, être des acteurs et non des spectateurs de la construction de notre « vivre ensemble ».

En effet, les villes camerounaises font face à de nombreux défis allant de la gestion d’une urbanisation incontrôlée, la mobilité, la qualité des services publics, l’insécurité ou encore la gestion des catastrophes. Les récents drames survenus à Douala ou encore à Maroua nous rappellent sans cesse la fragilité de nos villes. Dans le même temps, le dynamisme économique, le brassage culturel et la créativité artistique qui s’y rencontrent en font le théâtre central de la réinvention de notre société et un enjeu capital de la transformation de notre pays.

Ainsi, l’idée de s’engager pour les villes camerounaises traduit une ferme volonté d’accompagner les autorités locales qui en ont la responsabilité principale, dans la mise en œuvre de politiques publiques au service d’un développement socioéconomique et environnemental durable, pour le bien-être des populations. Et, cela rejoint en tous points les grandes orientations de la célébration annuelle de la Journée Mondiale de la Ville.

Il s’agit donc de s’engager auprès des élus locaux afin de :

  • Initier et contribuer efficacement au processus de développement local concerté. Prévue par la Constitution du 18 janvier 1996 et consacrée par la loi du 24 décembre 2019 portant Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées, la décentralisation, si elle est bien menée, sera un facteur de bonne gouvernance car améliorant l’efficacité de l’action publique, la promotion du développement local et la démocratisation de la vie publique. L’action de The Okwelians vise ainsi à la mise en place de plateformes de dialogue, notamment un cadre de concertation communale permettant une gouvernance locale participative ;
  • Réfléchir et proposer des solutions innovantes pour la promotion et le développement de la ville durable au Cameroun : la mondialisation ne saurait aboutir à une uniformisation. Définir un modèle de ville durable qui tienne compte de nos réalités et préserve notre identité reste une préoccupation majeure de nos gouvernants. The Okwelians s’engagera pour accompagner les villes camerounaises dans ce processus de réflexion et de maturation. Nation branding et city branding devront donc se côtoyer et se compléter sans se neutraliser.
  • Venir en aide aux populations particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la culture. S’engager auprès de communes c’est aussi s’engager auprès des populations. Les actions de The Okwelians n’ont du sens que si elles contribuent véritablement à l’amélioration des conditions de vie des populations. Et, seules des actions y compris humanitaires permettent une telle immersion dans les réalités vécues par nos concitoyens, particulièrement dans les domaines prioritaires que sont l’éducation et la culture.

Fidèle à son approche data driven et au rôle important accordé à l’expérimentation dans la recherche de solutions innovantes, The Okwelians a choisi trois villes pilotes pour cette aventure, cette exploration des villes camerounaises :

  • Douala. Capitale économique du Cameroun, Douala est la ville la plus peuplée d’Afrique centrale et une ville cosmopolite sur le plan historique car accueillant de tous temps des peuples issus d’horizons divers ;
  • Foumban. Cité des arts, Foumban est réputée dans le monde entier pour la qualité de son artisanat. Foumban est l’un des plus anciens royaumes d’Afrique noire.
  • Rey Bouba. Temple du pouvoir coutumier, Rey Bouba est confrontée à des défis en matière d’accès à l’eau potable ou encore de sécurité alimentaire. La commune de Rey Bouba se situe au sein du Lamidat du même nom, la plus importante chefferie traditionnelle du Cameroun.

Ainsi, avec le soutien de partenaires et à travers diverses actions allant de campagnes de sensibilisation, ateliers, conférences à des publications diverses, The Okwelians s’efforcera, durant les prochains dix-huit mois, de placer l’agenda des villes durables au cœur du débat public et de la décision publique. A la clé, il s’agit d’entrevoir l’émergence de villes camerounaises durables respectueuses de leurs spécificités culturelles tout en contribuant au renforcement de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Mobilisons-nous aux côtés de The Okwelians et de tous les acteurs de bonne volonté afin que cette journée mondiale marque une ère nouvelle où la vie sera au cœur de la réflexion et de l’action en faveur des villes durables au Cameroun, en Afrique et dans le Monde !

Let’s Okwelians it !

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Grand dialogue national: si nous revenions deja a table?

Par Georges ALLADJIM

Un an seulement après que le Grand Dialogue National (GDN) ait abaissé son rideau sur le Palais des Congrès, des évènements récents à fort relents ethnocentristes, prêtent à penser que ce Rendez-vous devrait être réédité, le plus tôt possible.

Entre le conflit anglophone, l’éclosion du mouvement « 10 millions de Nordistes », la marche pacifique/hostile d’un mouvement identitaire Sawa, les prises de parole ouvertement tribalistes dans les médias et réseaux sociaux…le Cameroun semble avoir mal à son vivre ensemble, partout. Sans action majeure, cet idéal supérieur s’imposant à tous en vue de préserver la cohésion sociale, aura vécu, au passé.

Intégrer l’exigence de préservation de l’Unité nationale dans la vie du Citoyen, telle pourrait cette fois-ci, être la mission principale des délégués convoqués dans ce qui serait alors le juste prolongement, d’un acte manqué. Trop focalisé sur le règlement de la crise anglophone, le précédent opus aura perpétué l’erreur de prendre pour acquis notre « désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis » (Ernest Renan).

En 2020, les Camerounais veulent-ils toujours former une nation? Si Oui, comment devront- ils organiser ce que Renan appelait, ce « plébiscite de tous les jours » ? Ce sont là des questions vitales qu’il convient de poser librement et à défaut d’un second GDN, nous essaierons d’énumérer des pistes de réflexion personnelles, pour notre « mieux vivre ensemble ».

Dans un modèle de fédéralisme économique assorti de mesures que nous citerons, il est possible de restaurer la confiance des citoyens en l’action publique et de développer le liant si précieux dont ont besoin les pierres de la maison Cameroun, pour tenir durablement.

*REVOIR LA FORME DE L’ETAT, UN IMPERATIF DEMOCRATIQUE*

Malgré l’insistance de nombreux délégués réunis au GDN d’Octobre dernier, le débat quant à la forme de l’état n’eut pas lieu : faisant dire à des analystes qu’il fut offert à tous une chèvre, dont l’état ne put s’abstenir de retenir la corde.

Le sujet du fédéralisme rendu tabou dans l’espace public par l’administration, s’est vu opposer celui de la décentralisation. Instituée en 1996, la décentralisation dont l’épilogue est renvoyé au 6 Décembre, arrive trop tard et ne viendra à en juger par les querelles déjà observées (KINGUE vs MINDDEVEL) ni résoudre le problème de la lenteur du pouvoir central à statuer sur des questions locales (33 décrets d’application en attente de signature sur ce sujet), ni celui du chevauchement discutable entre les prérogatives d’autorités déconcentrées et celles d’élus locaux.

Autant se le dire, parmi les exemples de lois au Cameroun, belles et tracées comme nos ponts et routes sur le papier des années durant, mais invisibles sur le terrain, faudra compter celles de décentralisation pendant encore au moins, une année

Si l’empêchement systématique d’évoquer le Fédéralisme, représente bien le schéma de décision unilatéral de notre état unitaire, les conditions du vivre ensemble ou du

développement des territoires, ne se décrètent pas à des kilomètres, sans conséquences : d’abord parce que le décret s’applique sur des réalités différentes d’un espace à un autre, ensuite parce qu’il n’est pas toujours pris dans le temps qui s’y prête. Pourquoi ne pas demander au peuple s’il veut ramener le prince au milieu de ses sujets, donner à la gouvernance locale, les compétences pour réaliser les aspirations de ses administrés ? C’est là l’essence du principe de subsidiarité, que l’action publique soit exécutée par l’entité compétente, la plus proche du public concerné par le problème à résoudre. En rapprochant la décision des citoyens, l’on renforce la légitimité de l’action publique.

C’est le droit des administrés d’accéder rapidement au service public et d’avoir auprès d’eux, des interlocuteurs pleinement investis de leur charge de décideurs et non des délégués. Tant qu’il faudra aller à Yaoundé pour décider du tracé d’une route à Douala, Muyuka ou Eseka, fabriquer un passeport, obtenir son diplôme…alors les griefs portés vers l’état, persisteront. L’actualité récente de Bakassi, révèle que l’incapacité du gouvernement à organiser 18 ans après, le développement de ce territoire de 1000 km2, fait peser le risque d’une annexion par le Nigéria : ajoutons à cela la poursuite des combats au NOSO et l’on est fondé de croire que la confiance envers le pouvoir central est considérablement étiolée sur des pans entiers du territoire national.

Devant l’échec de la décentralisation qui se profile, il convient de donner ce conseil d’Horace à notre état « Ne charge pas tes épaules d’un fardeau qui excède tes forces » puisque selon les Maures « Le fardeau supporté à plusieurs, est une plume ».

*LE FEDERALISME ECONOMIQUE, L’INTEGRATION NATIONALE PAR LA PROSPERITE*

Au vu de ce qui précède, le fédéralisme entendu comme la forme d’un état où la souveraineté est partagée par le pouvoir central aux collectivités locales fédérées, recueille nos suffrages.

La nation peut à défaut d’être bâtie sur des essences communautaristes, reposer sur d’autres valeurs qu’identitaires et en cela nous ne défendrons donc pas le «fédéralisme communautaire ».

Nous pensons que la cohésion sociale est mise à mal par la compétition que se livrent des communautés, pour le contrôle des ressources (naturelles ou anthropiques) et donc plaiderons pour un fédéralisme mettant la prospérité au cœur de l’action publique, car plus les protagonistes ont de patrimoine commun à perdre, moins ils seront sensibles au repli identitaire.

Et si nous redéfinissions de manière concertée et consensuelle, les espaces fédérés non pas en fonction de leurs prétendues composantes sociologiques naturelles, mais de leurs complémentarités économiques ? Les entités créées transcendant les identités primaires, les feraient évoluer, prônant l’égal accès des citoyens, aux opportunités économiques définies pour eux, émancipant l’individu des logiques communautaires en lui offrant les moyens de son accomplissement personnel. Le citoyen de cet espace où il fonde sa résidence, s’intégrera par le travail et la création de richesses sans restriction aucune liée à ses particularismes. Les espaces se faisant mutuellement commerce, se livreront à une saine émulation pour la retenue de leurs populations. Les instances de décision locales votées pour œuvrer à

l’amélioration des conditions de vie de leurs administrés, devront donc disposer d’une autonomie législative et juridictionnelle, permettant la création et la gestion de leurs ressources. L’état central pourrait garder les prérogatives régaliennes lui permettant de veiller à l’unité nationale (éducation, diplomatie, commerce extérieur, sécurité, etc…).

LE SERVICE CIVIQUE OBLIGATOIRE POUR REFONDER LES IDENTITES CITOYENNES

Considérons l’instauration d’un service civique national obligatoire et continu pour les jeunes générations, pour recréer du lien social, susciter un sentiment commun d’appartenance à la nation qui puisse inspirer chez chaque citoyen, la croyance en une communauté de destin et l’attachement à des valeurs supra-ethniques.

Les élèves et étudiants pourraient justifier outre du français et de l’anglais, de l’apprentissage d’un minimum de deux langues nationales tout au long de leur cursus et stages civiques.

TOLERANCE ZERO ENVERS LE TRIBALISME

L’intégration le 29 Novembre dernier, du délit d’outrage à la tribu dans l’article 241 du Code pénal demeure peu suivie d’effets. Il faut outre appliquer les textes en vigueur, compléter le dispositif en : dotant chaque ville d’une brigade dédiée à traquer les publications tribalistes sur les Réseaux sociaux et publiciser dans un fichier national, les déviants de sorte à leur faire porter la honte de leurs opinions; généralisant les Travaux d’Intérêt Général pour les auteurs de dérives tribales ; interdisant l’instigation de cercles communautaristes de type « élites » « ressortissants de… » ou leurs manifestations (déclarations, marches, mémorandums etc…) etc…

DECIDER D’UN MORATOIRE POUR L’EQUILIBRE REGIONAL ET LE BILINGUISME

L’équilibre régional pensé comme une mesure de discrimination positive, doit être défini dans une temporalité et se donner les moyens d’établir in fine, les conditions de sa propre mort.

Il faut lui définir un moratoire au-delà duquel, le mérite individuel plutôt que l’appartenance, lui sera privilégié.

Idem, un moratoire pour obtenir le bilinguisme intégral du pays: bilinguisme de l’administration, de l’éducation etc…le secteur privé pouvant soutenir ces efforts en convertissant son organisation.

Pour ces deux problématiques importantes pour un mieux vivre ensemble, il faut plus qu’une échéance claire pour arriver aux finalités définies par ces politiques, des indicateurs de mesures et un conseil présidentiel chargé d’animer l’atteinte de ces objectifs, pour guider les autorités.

REFORMER LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE

Il faut impérativement réformer la chefferie traditionnelle (statuts, rôles, attributs) et embarquer ses autorités, dans une réflexion sur la construction d’une identité nationale respectueuse des cultures mais s’imposant à tous.

REECRIRE NOTRE HISTOIRE COMMUNE

Le Cameroun n’existe que dans la victoire : il faudrait le doter d’un récit national qui célèbre ses échecs et ses gloires communes, moins par ambition de relater la vérité des faits historiques que par souci de fédérer durablement, les enfants du Cameroun.

Les contours de ces actions restent imprécis, mais le Cameroun ne manque pas de penseurs et le GDN peut, doit servir à nourrir ce débat : qu’en dites-vous ?

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Qu’est-ce qu’un héros Africain?

Pour l’espagnol Baltasar Gracian qui commit un ouvrage intitulé, Le Héros, l’héroïsme consiste paradoxalement en la maitrise de ses passions, la capacité à les dissimuler, à l’art de la prudence pour atteindre ses objectifs.

Il est peu probable que cette définition raisonnée fasse florès au sud de la Méditerranée. Demandez donc aux citoyens africains lambda, qui sont leurs héros politiques. Vous aurez assurément Lumumba, Sékou Touré, Mugabe, Sankara, Olympio Mugabe. Une majorité de ces héros sont tragiques, pis, ils se caractérisent surtout par leur coup d’éclat, leur geste héroïque face au (néo)colonisateur.

On peut mettre ces « héros » en relief avec un Nelson Mandela, adulé pendant les années 80 et au début des années 90, mais désormais contesté dans de nombreux cercles africains bien qu’ayant réalisé une transition d’un système raciste et autoritaire vers une démocratie libérale.

Des voix s’élèvent pour dénoncer le fait  que son compromis soit  trop favorable aux blancs qui dominent toujours la superstructure économique en Afrique du Sud. Cette attitude de compromis-  ou de compromission selon certains- tranche avec celle de son Camarade Bob (Robert Mugabe), qui fit moins des manières au Zimbabwe voisin précipitant le pays dans une crise économique dont il n’est toujours pas sort. A contrario, un Mandela a privilégié une politique sur le long terme et n’a que peu commis de « geste héroïque » qui satisferait l’opinion noire/décolonisée dans l’immédiat.

Pourtant, dans la galaxie des gestes héroïques africains, Mandela demeure toujours derrière les discours de Sékou Touré ou Lumumba face aux colons.

Cette prédominance du geste héroïque illustre le fait que la psychologie politique de beaucoup d’africains demeurent marquée par la (dé)colonisation. Cette psyché est attisée par la persistance de régimes plus au moins autoritaires muselant l’expression des aspirations et volontés des populations. Dans les régimes plus ou moins démocratisés, les brimades du réel – notamment une globalisation économique dans laquelle l’Afrique a un poids politique et économique moindre – contribue également à la persistance de cette conscience de dominé.

En conséquence, les héros privilégiés sont ceux qui s’inscrivent  en opposition à la marche du monde ou de l’histoire plutôt que porteurs d’un projet de société ayant donné la preuve de leur supériorité intellectuelle et politique. Ce sont davantage des martyrs, souvent des (néo)colons, mais aussi victimes de leurs propres passions. Leur admiration prospère dans un contexte volontiers manichéen qui nourrit paradoxalement un rapport fataliste à la politique. Puisque l’Afrique est « mal partie », « perdante » autant privilégier les gestes qui satisfont l’amour propre, la conscience de dominé.

Bien souvent, la focalisation sur le geste héroïque fait l’économie d’une évaluation ou réflexion sur ses conséquences, pis encore, de son efficacité politique. Au risque de choquer, qu’aura apporté au Congo et même à Lumumba, son discours face à Baudouin si ce n’est une sécession du Katanga, l’antipathie américaine érodant son autorité dès son accession au pouvoir ? Le même raisonnement peut être appliqué à Sékou Touré, qui n’avait pas mesuré l’impact de son discours sur De Gaulle- comme les conseillers de ce dernier au demeurant-.

Or si l’on considère que la politique pure consiste à mobiliser différents voies et moyens pour atteindre des objectifs, on peut s’interroger sur l’appétence africaine pour un héroïsme sans lendemain. En dépit de ces échecs –mis sur le compte du (néo)colon et ses affidés, la popularité de ces martyrs transformés en héros demeure.

A contrario, d’autres politiques africains moins flamboyants, ternes, firent des choix moins spectaculaires, mais plus audacieux à cette époque. Se faisant, certains initièrent des dynamiques de développement dans leurs pays respectifs. Or, quand ils ne sont pas qualifiés de « traitres », ou de « vendus » par les survivances de l’anti-impérialisme, ils constituent une mauvaise conscience de beaucoup d’Africains qui leur accordent du crédit à reculons. Félix Houphouët Boigny étant le meilleur exemple.

Cette conscience ambiguë reflète le dilemme sous tendu dans les démocraties émergentes sur le continent : voulons-nous des dirigeants qui nous représentent? Ou des dirigeants qui répondent efficacement à nos besoins ? Souvent, la conjugaison de ces deux logiques (représentation ou efficacité) est ardue. Au cœur de ce dilemme, réside non seulement la maturation (ou pas) des démocraties africaines, mais surtout l’émergence de ces héros positifs.

Comme disait Victor Hugo, « il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste ». Jusqu’ici, une majorité d’âmes africaines, romantiques à leur sens ont privilégié le boulet, le coup d’éclat, le verbe haut, – avec les réussites inégales que l’on connaît. Serait-il temps pour nos héros en herbe de choisir la peste à défaut de devenir des martyrs ?

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Let’s Okwelian it!

By Gabrielle Andela Kelle & Steve Tchouaga

Le monde change! Il évolue quel qu’en soit le sens. Il mue. Quel que soit le lieu où on se trouve sur le globe, il n’est pas possible de ne pas s’en apercevoir.  Et, le Cameroun n’est pas en reste.  

La période inédite que nous traversons, période marquée par une pandémie mondiale dont on sait peu de chose, nous oblige à prendre du recul, à nous interroger et à nous réinventer. Il ne s’agit plus d’un choix mais d’une obligation tant notre survie en dépend.  

Au même titre que nous pouvons largement nous accorder à dire, à la suite de  Jacques Jonathan NYEMB dans le 6ème numéro de la revue INSPIRE AFRIKA qu’il existe 3 types de diasporas (ambassadrice, accompagnatrice et celle qui saute le pas), nous pouvons imaginer dans notre pays 3 types de jeunes: celles et ceux qui représentent, celles et ceux qui accompagnent/soutiennent/encouragent et celles et ceux qui s’engagent ; chacun ayant son rôle à jouer et chacun étant utile dans l’éclosion d’un Cameroun en harmonie avec sa population et intégré dans le monde en mouvance.  Avec 42,6% de moins de 15ans et 4,6% de taux de fécondité (source: le monde Afrique, juillet 2020), nous devons tous prendre conscience que le Cameroun doit se penser, se construire et se réinventer par et pour les jeunes d’aujourd’hui. Plus que jamais, Ubuntu, philosophie africaine humanisme et fraternité, doit être notre mantra !

Depuis peu, The Okwelians™, Think&Do Tank œuvrant pour la transformation du Cameroun par l’innovation sociale et le leadership éthique, a choisi de rassembler ceux qui s’engagent : Une démarche inédite au Cameroun. Ainsi, tou-te-s celles et ceux d’entre nous habités par des valeurs telles que  l’intégrité, la dignité, l’humilité, la solidarité et le courage sont invités entre autres à Un réel engagement  intellectuel actif. 

Aussi, proposer des idées innovantes, réalisables et durables à des décideurs, une des missions de The Okwelians™, passe nécessairement par un dialogue participatif avec le plus grand nombre : seul gage de solutions adaptées et efficaces. 

C’est dans cet esprit que The Rebuntu House a été créé.  

Il s’agit d’une plateforme d’échanges, de partage et de discussions ouverte à toutes et à tous ; Un cadre où les sujets sont abordés par les jeunes et moins jeunes et qui servira de socle aux propositions et solutions qui pourraient être formulées à destination de nos décideurs locaux, nationaux, internationaux. Un espace où la parole est donnée à tous sur des sujets de cohésion sociale, de transformation économique et de gouvernance. 

Parce que nous croyons qu’il est temps de s’engager , pensons, écrivons, partageons, échangeons, et transformons notre pays en toute bienveillance et avec courage !! 

We Shall Overcome!